Non mais qu’est-ce que c’est que ce site dans lequel on peut rentrer par les toilettes ? Normalement, il n’y a pas de toilettes sur les sites Internet !
Pourtant, beaucoup sont des sites marchands qui reçoivent des clients. Des clients virtuels certes, mais des clients quand même. Alors, qui dit que ces clients virtuels pris d’une envie virtuelle ne seront pas contents de trouver des toilettes virtuelles ?
C’est un peu comme dans les films. Jamais on ne voit les acteurs stopper l’action pour aller aux petits coins. Et pourtant, ils y vont ! Mais comme c’est une péripétie qui présente peu d’intérêt pour le spectateur et que c’est une contrainte dont le réalisateur peut s’affranchir, ils n’y vont pas.
Imaginez une minute qu’en plein milieu de Mission Impossible, alors que Barney vient juste de trouver les seize chiffres de la combinaison du coffre et que les Russes se précipitent à l’entrée du bâtiment, Jim Phelps lâche subitement un “tenez bon les gars, j’vais faire pipi”.
Impossible, même dans Mission Impossible. Pourtant, il est certain que Tom Cruise, bien que doté de fantastiques qualités d’acteur, peut se retrouver pressé par un irrésistible besoin.
Alors comment fait-on ? Eh bien, c’est tout simple, on insère une ellipse. Grâce à cet outil tout à fait révolutionnaire, le réalisateur préserve le rythme du film et le suspense haletant de la plupart des contraintes fonctionnelles. Explication : on coupe la séquence. Tom Cruise se rend en vitesse aux toilettes et fait ce qu’il doit y faire. Il revient comme si de rien n’était et on reprend l’action pile-poil où on l’avait stoppée.
Autrement dit, il va aux toilettes, mais on ne le voit pas. On n’en parle même pas après. On fait comme si la pause toilettes n’avait jamais existé. Comme si les acteurs, à l’instar de Ken dans “Ken et Barbie partent en vacances en camping-car”, n’avaient aucun besoin (je rappelle aux plus distraits d’entre vous que dans le pantalon de Ken, il y a juste une bosse en plastique).
Résultat, le temps que Jim passe aux toilettes est, comme on dirait dans certaines administrations, un temps masqué.
Barney ouvre le coffre, Jim s’empare du microfilm et toute l’équipe se volatilise dans les conduits d’aération juste avant l’arrivée des bolcheviques enragés.
On y est. Vous êtes en train de vous demander où je veux en venir avec cette histoire de toilettes, n’est-ce pas ? Le sujet est absurde. Il ne vous apprend rien de sérieux. Pourtant vous êtes encore là. Et vous continuez à lire. Un peu parce que vous êtes vraiment sympathique, un peu parce que c’est là toute la magie d’une histoire. Elle nous attrape, elle nous captive et l’on s’en détache difficilement avant son dénouement. Aujourd’hui, on appelle ça une story pour faire plus chic, mais la mécanique est la même. Elle porte le nom de schéma narratif : à une situation initiale s’ajoute un élément perturbateur (Jim va faire pipi), quelques péripéties, et enfin un dénouement. Résultat, vous avez peut-être lu avec le sourire, en ayant bien conscience de perdre un peu votre temps, mais vous avez lu.Vous aussi vous pouvez écrire votre histoire. Une histoire beaucoup plus intéressante que celle que vous venez de lire. Une histoire qui va captiver votre auditoire, créer de la connivence, développer votre image et votre légitimité, faire réagir votre communauté, vous aider à faire grandir votre marque et à vendre vos produits.
4 réponses
génial, j’adore.
Quelle suspense!!!
Merci 😉
Un effet Waou .Bravo James .good job
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